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<< NA YAMBI >> : Le sens profond du Credo en Lingala

<< Na yambi >>: le sens profond du Credo en Lingala.



La foi chrétienne catholique est arrivée en Afrique centrale dans la pirogue des vieux missionnaires à la longue barbe. L'évangélisation au nom de laquelle ils sont arrivés a rencontré la grande foi du peuple africain en général et Kongo en particulier. Certaines approches de ces missionnaires pouvaient ou peuvent être remises en question, celles, par exemple, qui incitaient ces derniers à démolir le 《savoir religieux ancestral africain》 pour le reconstruire de façon occidentale.

Le peuple Kongo était un peuple croyant, en un Dieu unique (Nzakomba ou Nzambe), Créateur et dont l'esprit se trouvait dans chaque élément de sa création.  Il serait donc certainement faux de penser que cette évangélisation a été une découverte de Dieu. Elle a plutôt consisté en une "christianisation", pouvant être entendue comme le fait de prêcher le Christ Jésus comme Fils de Dieu et chemin vers Dieu. Face à un peuple déjà croyant, le message chrétien n'a pas rencontré beaucoup de difficultés à séduire et à convaincre. Aujourd'hui le royaume est divisé en plusieurs États (au sens occidental du terme) dont notamment la République démocratique du Congo, un des pays où le catholicisme est pratiqué par la plus grande majorité de la population - environ 35 millions des fidèles selon les chiffres officiels et donc presque la moitié de la population.

L'Église catholique du Congo a su réaliser une véritable appropriation ou - il serait peut-être plus convenable de dire - une réappropriation de la foi. Avec son tout premier cardinal, Joseph Albert MALULA  est né le rite zaïrois (le rite romain adapté au diocèse du Zaïre), qui est la manière de vivre la foi catholique - universelle - selon les valeurs culturelles et traditionnelles particulières du Congo. Le terme utilisé est celui de l'inculturation. Selon le Père Jésuite Pedro Arrupe, 《l'inculturation est l'incarnation de la vie et du message chrétien dans une aire culturelle concrète, en sorte que non seulement cette expérience s'exprime avec les éléments propres à la culture en question ( ce ne serait alors qu'une adaptation superficielle) mais encore que cette même expérience se transforme en principe d'inspiration, à la fois norme et force d'unification, qui transforme et recrée cette culture》. Ce fut sans doute la démarche de l'apôtre Paul à Athènes (Actes des Apôtres  17, 16-34).

Pour comprendre la foi chrétienne catholique,  il faut méditer attentivement la profession de foi que l'on appelle le Credo (symbole des apôtres,  Credo de Nicée). Dans cet élan d'inculturation, ce Credo, professé en lingala ne relève pas simplement d'une traduction linguistique mais révèle un sens dont la profondeur intéresse cette réflexion.

En effet, alors que la traduction logique du latin Credo ou du français "Je crois" aurait dû être 《Na ndimi》, la profession de foi en lingala se dit plutôt 《Na Yambi》, qui en français se traduit par: 《 j'accueille, je reçois, j'embrasse》. C'est en cela que se trouve toute la profondeur de la chose. Si croire est une faculté de l'esprit, de l'âme et du coeur,  accueillir ou recevoir ajoute une force et une dimension nouvelles à cet élan. Dans les habitudes du Congo - et certainement ailleurs aussi - une manière pour les aînés d'aider les petits enfants à marcher pour la première fois  c'est de les mettre à distance, de leur ouvrir grand les bras en disant  《yambi !》. L'enfant qui entend ouvre lui aussi les bras et s'efforce de marcher vers celui qui l'appelle. Aussi quand un parent revient à la maison après une journée au travail ou simplement une absence, les enfants courent vers lui en criant 《Yambi !》.

En définitive,  le 《Yambi》c'est le câlin congolais. Le croyant caline sa foi. Il ne se limite pas à l'accepter ou à y croire mais la serre dans ses bras et contre son coeur, à l'image de l'enfant qui fait un câlin à sa mère ou à son père. Câliner sa foi c'est la prendre avec soi, en prendre soin, l'accueillir chaleureusement. Dans des églises pleines, on peut bien voir dans cette ambiance de fête qui anime les messes dans ce pays (à Kinshasa en particulier),  la manifestation de cette foi accueillie et embrassée, cette foi que l'on porte et qui porte.


Béni BOBANGA WAWA

Commentaires

Mlkevin-rené a dit…
En effet, il est intéressant de voir cette profession de foi des chrétiens catholiques sous cet angle. Et c'est très profond.
Néanmoins, cette façon de serrer la foi, de la câliner par certains n'aurait-t-elle pas conduit à une sorte d'aveuglement ?
Le Marc a dit…
Bel article. Avec un goût d'inachevé toutefois. Parce que oui, je savourais et espérais plus. J'ai aimé la nuance entre "Na ndimi" et "Na yambi".
merci beaucoup pour la réflexion mr Beni BOBANGA WAWA,
Il est vrai que le crédo est très profond mais est-ce que tout chrétiens le réalisent??
Chançard Ts🦋 a dit…
Sous d’heureux auspices, c’est très important et intéressant de réaliser en profondeur la foi des chrétiens catholiques sous cette optique.
Ce qui paraît un peu époustouflant et suscitant des doutes au sujet de l'évangélisation des occidentaux, qui aujourd’hui, a énormément pris place dans la foi du peuple africain en général et congolais en particulier, c’est dans quelques parties de votre exposé où premièrement vous avez dit « La foi chretienne est arrivé...Kongo en particulier » et deuxièmement « certaines approches...chaque élément de sa création ». Cela donne un peu d’image ou tout simplement nous signifie d’avoir perdu la foi en nos ancêtres et avions adopté celle apportée et enseignée par les missionnaires occidentaux.
Question :_N’est-il pas un danger pour nous d’avoir perdu notre foi en nos ancêtres ?
_Cela est la raison du non-développement de l’Afrique en général et de la Rdc en particulier ?
Unknown a dit…
Merci monsieur Béni BOBANGA cette réflexion est très profonde et riche, j'ai plus aimé la nuance des concepts "Na ndimi" et "Na yambi", à nous chrétiens catholiques de toujours câliner fort notre Foi, merci encore.